Quand faire effectuer le bornage ?
En cas de volonté de cession d’un terrain à bâtir, doit-on effectuer un bornage dès la promesse de vente ?
Franck Bourdon : Là encore la loi est précise. L’article L111-5-3 du code de l’urbanisme stipule que "Toute promesse unilatérale de vente ou d'achat, tout contrat réalisant
ou constatant la vente d'un terrain indiquant l'intention de l'acquéreur de construire un immeuble à usage d'habitation ou à usage mixte d'habitation et professionnel sur ce terrain, mentionne
si le descriptif dudit terrain résulte d'un bornage."
Cette disposition, née de la loi SRU du 13 décembre 2000, informe l’acquéreur si un bornage a été réalisé ou non sur une ou plusieurs limites de la propriété qui lui est vendue. Ainsi, il
pourra apprécier la précision de la superficie qui lui est annoncée, ainsi que le degré de définition de la limite le long de laquelle il envisage, par exemple, d’implanter son futur bâtiment
(tout empiètement sur la propriété voisine peut en effet conduire à une démolition). Cela fait partie des obligations de descriptif lors de la vente de certains terrains à bâtir dès l’avant
contrat.
Dès lors, à quel moment est-il obligatoire d’effectuer un bornage?
Franck Bourdon : En continuant la lecture de l’article L111-5-3, il est stipulé que "Lorsque le terrain est un lot de lotissement(…), la mention du descriptif du terrain
résultant du bornage est inscrite dans la promesse ou le contrat." Dès lors, le bornage est donc un préambule obligatoire depuis la loi SRU à la vente d’un lot de lotissement, et ce dès
l’avant contrat.
Notez qu’à défaut de mention de ce descriptif issu d’un bornage dans la promesse de vente ou l’acte définitif, le code de l’urbanisme a prévu des sanctions à la fin du même article, qui peut
conduire à l’annulation de la vente : "Le bénéficiaire en cas de promesse de vente, le promettant en cas de promesse d'achat ou l'acquéreur du terrain peut intenter l'action en nullité sur
le fondement de l'absence de l'une ou l'autre mention visée au premier alinéa selon le cas, avant l'expiration du délai d'un mois à compter de l'acte authentique constatant la réalisation de la
vente. La signature de cet acte authentique comportant ladite mention entraîne la déchéance du droit à engager ou à poursuivre l'action en nullité de la promesse ou du contrat qui l'a précédé,
fondée sur l'absence de cette mention."
Justement sur ce point, une réforme du droit de l’urbanisme a redéfini le lotissement…
Franck Bourdon : Tout à fait, elle a été mise en œuvre au 1er Octobre 2007. Dorénavant, constitue un lotissement toute opération d’aménagement ayant pour effet de produire ne
serait-ce qu’un unique terrain à bâtir (L442-1 du code de l’urbanisme), alors qu’avant cette réforme, il n’y avait lotissement qu’à compter du 3ème lot à bâtir détaché sur une période de moins
de dix ans.
Dès lors, à quelques exceptions prévues dans le code de l’urbanisme, toute division ayant pour effet de créer un terrain en vue de construire est constitutive de lotissement et devra être
précédée d’un bornage des limites de propriété qui lui sont propres.
Coût, constestation et risques
Qui doit prendre en charge le bornage et combien coûte-t-il ?
Franck Bourdon : En toute logique, étant un préambule à la vente à effectuer dès la promesse, le bornage sera généralement pris en charge par le vendeur. Tout géomètre-expert pourra lui
établir un devis précis, dont le montant sera très variable en fonction de la superficie du terrain, de son encombrement ou de sa pente, de l’existence ou non de clôtures, des archives
existantes et du nombre de voisins.
Lorsqu’il y a bornage amiable, sur la demande unilatérale de l’un des voisins, et dans le cadre de son projet personnel, les frais de bornage seront facturés au demandeur, qui, généralement
accepte d’en supporter l’intégralité sans mettre en application l’article 646 du code civil mentionné précédemment tout à l’heure quant au partage des frais. Souvent, cette prise en charge
unilatérale est même mentionnée dans le procès-verbal afin de clarifier ce point entre les parties cosignataires.
A l’inverse, en cas de bornage judiciaire, les frais de bornage et d’expertise seront partagés en application du code civil.
Peut on refuser de signer un procès verbal de Bornage amiable ?
Franck Bourdon : Bien sûr, c’est un droit fondamental, mais encore faut-il en apprécier les conséquences. Deux cas se présentent :
- La limite définie par le géomètre-expert ne vous convient pas, et vous avez des arguments que vous jugez suffisamment valables en ce sens pour devoir aller en bornage judiciaire. Le juge
tranchera alors sur la recevabilité de vos arguments.
- Par contre, si vous n’avez rien contre la limite définie, mais que vous hésitez à vous engager solennellement à signer le procès verbal, il est fort probable que les conclusions de l’expert
judiciaire soient les mêmes que celles du géomètre-expert intervenu en phase amiable et vous n’avez aucun intérêt à vous voir engagé dans une procédure de bornage judiciaire.
En effet, dans les deux cas, les frais afférents à la procédure, voire aux travaux déjà réalisés en phase amiable, seront répartis entre les deux riverains (qui prendront également en charge
les frais de leurs avocats respectifs).
Quels sont les risques à acquérir un terrain à bâtir non borné ?
Franck Bourdon : Les exemples sont multiples et malheureusement quotidiens pour les géomètres-experts dont l’intervention est encore trop souvent sollicitée une fois que le mal est fait.
- Si vous implantez une construction le long d’une clôture existante, en pensant que celle-ci constitue la limite de propriété, mais malheureusement mal implantée, il y aura empiètement sur
la propriété riveraine. Le droit de propriété étant un droit absolu, le voisin aura jusqu’à trente ans pour dénoncer cet empiètement et exiger une démolition ou des dommages et intérêts
conséquents. Le problème sera le même lorsque le bâtiment devra respecter des prospects minimums par rapport aux limites séparatives exigés par la réglementation applicable.
- Si vous démolissez un mur qui semble vous appartenir, alors qu’en réalité il est mitoyen ou privatif au voisin, des frais de remise en œuvre et de procédure seront également à prévoir.
- Pire, si le PLU conditionne la constructibilité d’un terrain à une largeur de façade ou une superficie minimales, il peut s’avérer, une fois le bornage réalisé, que l’une de ces conditions
ne soit plus remplie et que le terrain soit en réalité inconstructible….
- Enfin, la procédure contradictoire du bornage permet de mettre à jour, souvent, des servitudes – par exemple un droit de passage, NDLR - existantes entre les propriétés, dont il faudra
tenir compte dans le projet de construction. Cette opération est un moyen unique de respecter les droits de chacun et de démarrer ce qui est souvent le projet d’une vie, dans les meilleures
conditions de sécurité juridique et de paix sociale...
Franck Bourdon est Géomètre-Expert à Noisy-le-Grand et membre de la commission "droit des sols" de l’Ordre des Géomètres-Experts.
L’Ordre des Géomètres-Experts a mis à disposition du public une brochure très complète intitulée "Vous et le bornage".
Pour en savoir plus ou trouver un professionnel :
www.geometre-expert.fr
Source :
http://www.maisonapart.com/edito/immobilier-le-bornage-un-acte-essentiel-de-propriete-1310.php