Projets : Comment la ville se réinvente

Publié le par meletpierre

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15/03/2007 - Francis Dudzinski - © Le Point - N°1800

Pour libérer du foncier et faciliter la construction de logements, la Ville multiplie les initiatives. Dans les six ans à venir, 10 000 logements pourraient ainsi être créés, dont 45 % de logements sociaux.

«L a ville se transforme et se renouvelle sans cesse. Il est faux de se lamenter sur une soi-disant baisse de régime : il se construit des logements à Lille et nous libérons autant de foncier que nous le pouvons. » Adjoint au maire de Lille et vice-président de la communauté urbaine Lille Métropole, Alain Cacheux en a assez d'entendre qu'il ne s'y passerait rien en termes de construction immobilière. Et l'élu chargé des questions d'habitat de rappeler que 750 logements sont prévus, dont un quart de social sur la ZAC Euralille 2. Trente-deux logements sont déjà en service, 225 en cours de chantier et 249 en instance de démarrage. « Le prolongement naturel de cette opération est en route. Nous sommes en train de relier Euralille 2, le boulevard Hoover, avec la porte de Valenciennes, le boulevard de Belfort et la porte de Douai. Le métro irrigue déjà ce secteur. Maintenant il faut requalifier l'urbain et les logements avec le grand projet de rénovation urbaine (GPRU) », explique-t-il.

Selon les termes de la convention financière passée avec l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) en août 2006, ce programme mobilise un budget de 410 millions d'euros sur cinq ans. Deux sites principaux sont concernés : à Lille-Sud, les secteurs Arras-Europe et Cannes-Arbrisseau et, dans le quartier de Moulins, tout le secteur de la porte de Valenciennes. A cela viennent s'ajouter quatorze autres sites, dits associés, répartis dans les quartiers de Saint-Maurice, de Vauban-Esquermes, de Wazemmes, de Fives ou encore de Bois-Blanc... Un millier de logements sont en cours de destruction et près de 1 400 seront construits dans les années à venir, soit un montant d'investissement de près de 141 millions d'euros. Dans le même temps, plus de 1 650 logements vont être réhabilités.

De multiples chantiers vont ainsi débuter cette année et certains d'entre eux seront livrés courant 2008. A Wazemmes, 50 logements neufs seront construits rue Béranger et au bas de la rue d'Isly. « Nous souhaitons agir vite. Des premiers programmes doivent être livrés au cours de l'année prochaine. Notre ambition est d'insuffler du beau et de la mixité sociale dans tous les quartiers concernés, assure Alain Cacheux. Certes, nous travaillons avec des opérateurs sociaux mais nous y associons des organismes privés afin de favoriser l'accession à la propriété. » Cela concernera notamment les programmes de 140 logements, situés à l'angle du faubourg des Postes et de la rue de Cannes. Dans les six ans à venir et dans toute la ville, 10 000 logements pourraient ainsi être créés, dont 45 % de logements sociaux, selon les prévisions de la mairie.

Les besoins sont en effet énormes. Au niveau de l'ensemble du territoire de la communauté urbaine, 3 000 à 3 500 logements sont construits chaque année, dont un tiers de sociaux. « C'est insuffisant, il nous en faudra au moins 5 000 à 5 500 par an, et ce sans compter les logements pris en charge par l'Anru, ceux qui seront réhabilités ou démolis puis reconstruits », précise-t-il.

Pour agir, le vice-président de Lille Métropole veut intervenir sur l'essentiel : le foncier. L'établissement public foncier régional a été mandaté pour mener une politique d'acquisition. « Nous allons utiliser toutes les possibilités au gré des opportunités : la préemption, la requalification des friches industrielles et urbaines comme celle de Fives Cail ou de la gare Saint-Sauveur à Lille », estime l'élu. Pour cela, la communauté urbaine, au travers de son budget foncier, a augmenté son crédit consacré à l'habitat. De 15,5 millions en 2004 il est passé à 25 millions d'euros en 2006 et devrait progressivement atteindre 40 millions.

 

A ce jour, sur le territoire de Lille Métropole, 180 friches industrielles sont été recensées. Elles couvrent 514 hectares et présentent un avantage : celui d'être situées au coeur même des zones urbaines de Lille, Roubaix et Tourcoing. La friche de la vaste usine de Fives Cail (FCB) est symptomatique de cette volonté de reconquête. Lille Métropole s'est portée acquéreur de ses bâtiments, qui se déploient sur 16 hectares au coeur de ce quartier populaire. Un concours international d'urbanisme a été lancé et, sur place, les projets se multiplient : l'espace, suffisamment vaste, pourrait à la fois accueillir un lycée hôtelier, la Bourse du travail et naturellement des logements de type lofts comme cela se pratique avec succès à Roubaix. En prévoyant de réhabiliter quatre sites d'ici à la fin 2008, dont celui de FCB, l'équipe de Martine Aubry mise sur la réalisation d'un millier de logements dans ce quartier. « Après requalification, voire une dépollution si nécessaire, ces friches peuvent parfaitement bien s'intégrer dans le reste du paysage urbain et ainsi permettre une redensification de logements, là où le manque se fait sentir », explique l'urbaniste Charles Chappe. Pour ce spécialiste, l'objectif de ces programmes consiste aussi à rétablir une liaison avec les autres quartiers.

« L'enjeu de la requalification du secteur de la porte de Valenciennes, c'est bien ce lien entre Euralille 2 et le sud de Moulins. Idem avec la requalification de Lille-Sud, qui doit rapprocher le secteur d'Eurasanté », assure l'urbaniste.

Eurasanté s'étend sur 130 hectares. Dédié aux activités de la biologie et de la santé, ce parc assure la continuité avec le quartier de l'Epi de Soil à Loos et Lille-Sud. Un premier programme d'une quarantaine de logements vient d'y être livré. Un deuxième se prépare sur 25 hectares à Eurasanté Est pour des logements collectifs et des maisons individuelles.

Liaison et requalification urbaines sont aussi au coeur du programme Euratechnologies. Un secteur d'une centaine d'hectares, situé aux franges du quartier lillois de Bois-Blanc et de certains quartiers de Lomme (Canteleu, Marais). Outre la réhabilitation des bâtiments des anciennes usines textiles Le Blan-Lafont (23 000 mètres carrés), cet ensemble prévoit environ 1 800 logements, ce qui devrait conduire à l'arrivée de 4 000 habitants. « Trois opérations sont lancées , explique Fabienne Duwez, directrice générale de la Soreli, société chargée de la conception et l'aménagement de cet important dossier. Sur Bois-Blanc 1 et 2 ainsi que sur Lomme 1, nous allons accueillir une première tranche de 500 logements. Ils répondent à une double exigence à la fois de mixité sociale et de haute qualité environnementale. » Chaque programme comprendra en effet 50 % de logements sociaux (en accession et en location) et 50 % de logements privés. Sur le plan environnemental, le site vient d'être retenu site pilote au niveau national, à la fois pour les logements HQE, mais aussi pour l'aménagement. « Euratechnologies est un bel exemple de renouvellement urbain comme nous aimons le pratiquer à Lille. Ici, la ville se réinvente, se reconstruit. Les opérateurs du logement social se mobilisent avec nous. Et les promoteurs constructeurs de logements privés également, comme Vinci Immobilier ou Bouygues, sur le secteur du quai de l'Ouest », se félicite Alain Cacheux.

D'autres programmes pourraient suivre, car la ville souhaite libérer davantage de foncier par le biais d'opérations de transfert. « Certains établissements industriels n'ont pas vocation à rester dans certains quartiers , explique l'élu. Nous les aiderons à déménager dans des locaux en périphérie bien plus adaptés à leurs besoins. Fives, Bois-Blanc, Moulins regorgent de dossiers de ce type . »

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Publié dans La presse en parle...

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